La FAECUM sévèrement critiquée | Vidéo du Carnaval 2012 jugée inacceptable

FAECUM - Carnaval

Texte de : Aleksandra Pelletier, Chloë Blaszkewycz, Marion Bilodeau, Lysandre Bourgouin, Dominique Boisvert, Héloïse Lanouette.

Les propos tenus dans cet article sont propres aux auteurs.

Le 9 janvier dernier se tenait la Soirée de lancement du Carnaval d’hiver 2012 de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM). Le Carnaval, c’est, nous dit-on, « trois semaines inoubliables qui vous feront apprécier au maximum la vie étudiante qui existe à travers le campus »1. Cet événement annuel est en fait une compétition entre les associations étudiantes du campus que l’on invite à réaliser de nombreux défis ainsi qu’à participer aux activités organisées par la Fédération en vue de remporter la coupe. À l’occasion de  la soirée d’inauguration, une vidéo promotionnelle réalisée par les associations étudiantes participantes a été diffusée puis mise en ligne par l’exécutif de la Fédération.

Cette vidéo s’est éloignée considérablement de l’aspect ludique qui devrait caractériser un carnaval étudiant pour plonger, plutôt, dans la reproduction inacceptable d’une domination sexuelle banalisée sous le couvert du cadre “festif” dans laquelle elle s’inscrit ainsi que dans l’incitation à la consommation démesurée et irresponsable d’alcool. Des images et des propos violents et sexistes, référant au viol et à l’exploitation sexuelle, en constituaient une grande partie du contenu. On y voyait, entre autres, des images de femmes en petite tenue, d’hommes enchaînés torse nu recevant de la bière en plein visage, ainsi qu’une scène simulant une fellation. Encore, des propos tels que «Ils vont se faire “raper” sans condom»et «les assos qui se sont faites gicler l’année passée, je pense que vous êtes infectées» y étaient énoncés.

Le message projeté par ces clips est une banalisation de la domination masculine, des agressions sexuelles et du viol, actes qui, en réalité, ne sont pas inexistants dans le cadre d’activités semblables. Alors qu’une femme sur trois au Québec sera victime d’agression sexuelle dans sa vie, des individus trouvent tout de même le moyen d’en rire. Le caractère de cette vidéo est en soi inacceptable : qu’elle soit ironique, parodique ou humoristique, la banalisation de l’oppression sexuelle dont les femmes sont les premières victimes ne sera jamais excusable. Or il est surtout inadmissible qu’elle ait été diffusée au nom d’une fédération étudiante regroupant sous son nom celui de 35 000 étudiants et étudiantes.

Nous dénonçons non seulement le contenu de cette vidéo, mais aussi la négligence des officiers et officières de la FAECUM dans cette affaire. Suite à nos accusations, ceux et celles-ci ont rétorqué ne pas avoir visionné la vidéo avant sa diffusion. N’est-il pas inacceptable que le logo de la fédération soit apposé à quoi que ce soit qui n’aurait pas été préalablement consulté ou vérifié par les élu-e-s de celle-ci? La FAECUM a pour mandat de représenter l’ensemble des étudiant-e-s du campus de l’Université-de-Montréal et il est de ce fait de leur responsabilité de prendre connaissance de tout ce qui est destiné à être publié et diffusé en leur nom. Curieusement, dans un article paru sur canoe.ca le 20 janvier, la secrétaire générale de la FAECUM reconnaissait qu’il y ait eut dérapage tout en précisant que “ce sont des extraits de quelques secondes. On ne pensait pas que ça pourrait choquer. »2. Il semble donc que les officiers et officières de la FAECUM aient bel et bien eu connaissance des images avant diffusion, mais qu’elles aient été jugées tolérablesen raison de leurs occurrences limitées. Grosso modo, “ça passe, tant que c’est juste un peu”.

La vidéo a cependant rapidement été retirée d’Internet suite aux exigences de l’administration de l’Université. Cette dernière a même cru bon de retirer à la FAECUM son permis d’alcool afin de faire comprendre aux étudiants et étudiantes responsables de cette vidéo qu’une consommation responsable et sécuritaire devait être encouragée.Malheureusement, la fédération et certaines associations semblent être davantage préoccupées par le retrait du permis d’alcool que par les causes derrières.

Aucune clarification sur le contexte de production de la vidéo ne justifiera la faute qui a été commise par le bureau exécutif de la FAECUM et par les individus qui y ont directement ou indirectement participé. Il en va de la responsabilité des premiers de s’assurer qu’aucun message violent, irrespectueux et discriminatoire ne soit véhiculé au nom de la fédération en vue de promouvoir ses activités. En ce qui a trait aux seconds, le blâme leur incombe en tant qu’ils parlent au nom des membres de leurs associations étudiantes respectives dans le cadre de cet événement et, plus largement, en tant que de tels propos ne devraient jamais être tenus par quiconque dans quelque situation que ce soit. Malheureusement, face à notre colère, la première réponse fut peut-être encore plus désolante: il semblait à certains et certaines qu’il n’était pas nécessaire d’en faire tout un scandale. C’est là, il nous semble, le plus grave problème: nous étions, apparemment, les seul-e-s à y voir un véritable manque de jugement.

Non seulement une telle vidéo banalise la domination et l’exploitation sexuelles, mais encore, elle circonscrit le portrait du participant et de la participante qu’on compte voir se manifester au Carnaval. Tout comme la publicité ne projette pas les simples images de corps particuliers, mais sert la construction et la promotion de l’idéal social auquel on demande à tous les corps de correspondre, la vidéo promotionnelle du carnaval n’aspirait pas à étaler en images le champ des comportements possibles des individus en cette occasion: la “vie étudiante” qu’on y présente se résume, essentiellement, à du libertinage dégradant et à de l’ivresse immodérée. C’est ainsi que l’on incite l’individu qui voudrait participer à l’événement à correspondre au moule et qu’on l’avise, par ailleurs, des comportements qu’il peut espérer voir reproduits chez les autres. En ce sens, il n’est pas exagéré de dire qu’une telle vidéo encourage les gestes et les pratiques (abus d’alcool, comportements et propos sexistes et machistes, etc.) qu’on y voulait, apparemment “humoristiquement”, singer.

Nous ne remettons pas ici en question la tenue d’un carnaval mais nous demandons à ce que soient revus les politiques et le déroulement de cette activité annuelle afin d’en faire un carnaval rassembleur, responsable et respectueux. Cette activité, qui en coûte des milliers de dollars à la fédération chaque année (mais dont un huis-clos nous empêche de diffuser les chiffres précis), se doit d’être organisée de façon à respecter l’intégrité des participant-e-s et à ce que tous les étudiants et étudiantes puissent y trouver leur compte.

En ce sens, nous exigeons:

* Une excuse formelle de la part de tout le bureau exécutif de la FAECUM et des membres ayant participé de près ou de loin et/ou approuvé cette vidéo.

* Qu’un plan d’action contre les agressions sexuelles soit dressé, impliquant la création d’un espace ouvert et propice à la dénonciation ainsi qu’un organe de soutien permanent pour les victimes.

* Qu’une nouvelle politique anti-sexisme et anti-racisme soit instaurée et suivie rigoureusement.

* Que le budget détaillé du Carnaval d’hiver soit publié en ligne de façon à ce que tous et toutes puissent s’y référer et prendre conscience des sommes investies dans chacune des activités.

D’ici à ce que ces exigences soient remplies, nous maintiendrons nos accusations et veillerons à ce qu’elles soient, à tout le moins, largement entendues.

Texte de : Aleksandra Pelletier, Chloë Blaszkewycz, Marion Bilodeau, Lysandre Bourgouin, Dominique Boisvert, Héloïse Lanouette

1 http://www.faecum.qc.ca/carnaval2012

2 http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/archives/2012/01/20120120-043728.html

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3 Comments on “La FAECUM sévèrement critiquée | Vidéo du Carnaval 2012 jugée inacceptable

  1. J’ai fait mon bac en droit à l’UdM il y a 10 ans environ. Dans le “cadre” du Carnaval, l’asso nous avait demandé d’assister aux cours en pyjama. Évidemment peu de gars s’étaient “déguisés” mais la majorité des filles, oui. La plupart avec de vrais pyjamas pas sexy mais quelques-unes en Baby Doll. Oui, en Baby pas dull pentoutte, et avec rien en dessous, presque transparent….et ça dans une salle de cours de droit, en plein jour. Ça donne une idée pour la suite des choses. Bravo aux filles qui exigent des excuses pour cette vidéo.

  2. Cet article me fait penser à l’informaticien iranien condamné à mort parce que son logiciel a permis à des gens de publier des photos pornographiques.

  3. On parle de domination masculine et propos sexistes mais il ne faut pas OMETTRE que ces paroles :

    « Ils vont se faire “raper” sans condom » et « les assos qui se sont faites gicler l’année passée, je pense que vous êtes infectées »

    Ont toutes été prononcées par des FILLES.

    Merci.

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