«Big Brother» a.k.a. «Big Péladeau»

Après avoir visionné le reportage spécial « L’empire Quebecor » à Enquête sur les ondes de Radio-Canada, il est difficile de rester neutre face à la question de la concentration de l’information et de son contrôle. Le géant médiatique qu’incarne Quebecor, depuis que celui-ci a acheté Vidéotron en 2001 et que la Caisse de dépôt et placement y ait investi plus de 3 milliards, ne fait que grossir davantage, prenant le monopole de presque toute la sphère médiatique québécoise. Il devient, par le fait même, le plus important conglomérat médiatique au Canada.

Tout comme la métaphore de « Big Brother », « Big Péladeau » contrôle la société. C’est-à-dire que celui-ci émet un contrôle, ma foi assez stricte, sur la diffusion de l’information : il décide de ce qui sera publié, de ce qui sera dit, de ce qui sera vu. Plus que cela, la politique est à ses pieds, car quel parti politique voudrait avoir une des plus grandes entreprises médiatiques contre lui lors d’élections?

Il n’espionne pas réellement dans nos maisons, comme il est question dans le livre 1984, mais c’est tout comme. La dictature des médias se fait de plus en plus sentir. Les journalistes engagés par les multiples filiales de Quebecor se plaignent de plus en plus du contrôle et des contraintes éditoriales qu’ils subissent, et ce sur tous les niveaux : arts et spectacles, politique (surtout), économique, etc. Justement, un ancien journaliste des pages culturelles du Journal de Montréal, David Patry, avoue avoir modifié des informations sous la pression et l’insistance de ses patrons. La plupart des informations diffusées convergent vers les intérêts du dictateur Quebecor : plus de 50% des nouvelles véhiculées dans la société concernent Quebecor, ses filiales et ses « amis ». Quelques journaux encore « indépendants » de ce chef médiatique tentent, bien que mal, de faire preuve de transparence et de publier LES informations importantes. Mais, ce n’est pas toujours facile d’être contre Quebecor, car celui-ci vous « passe dessus tel un bulldozer ». Le slogan de Quebecor devrait être : « Tu es avec nous ou contre nous. Tu es notre ami ou notre ennemi ».

 

Bien sûr, les hauts dirigeants contredisent cette convergence des médias vers Quebecor, soutenant qu’ils n’ont pas été forcés ou poussés à écrire ou publier tels ou tels articles. N’IMPORTE QUOI! Les preuves sont là, alors pourquoi nier? On peut donner, comme exemple, la parution, en 2007, du sondage dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec sur les personnalités les plus influentes de l’heure : des noms comme Julie Snyder étaient au palmarès, ignorant complètement des personnalités influentes comme Denis Arcand ou Michel Tremblay, soutenant que celles-ci ne sont plus, contextuellement parlant, influentes. Bref, que ces grands noms seraient « passés mode » ?! Étrangement, le couple Péladeau-Snyder était placé bien avant le couple Angélil-Dion. Plus étrange encore, les publications des Journaux de Québec et de Montréal (censés être identiques au niveau du sondage) exposent certaines erreurs… dû au fait que Le Journal de Québec n’ait pas été averti à temps des dernières modifications avant la parution. Quoi qu’il en soit, malgré des courriels retracés qui prouvent le trucage des sondages au profit des noms que Quebecor souhaitait voir publier, la directrice responsable de la section « Arts et Spectacles » du Journal de Montréal affirme « ne plus se souvenir » et « n’avoir été contrainte par personne… ». Lorsqu’on lui demande si, sur les courriels, il s’agit bien de son nom… elle affirme que « oui », la voix un peu tremblante…

 

Bien entendu, le président de Quebecor n’a pas souhaité rencontré directement les journalistes pour l’émission Enquête. Il était beaucoup plus facile, voyons, de prendre le temps d’écrire une lettre dans laquelle Quebecor se défend corps et âme. En voici quelques extraits:

 

Certaines promesses faites par Quebecor en 2001, dont celle de préserver la diversité des voix en information, n’ont pas été tenues. Quebecor se défend en écrivant : « Depuis 10 ans, le contexte de la presse  écrite et des médias a complètement changé et il est tout à fait normal et même responsable que nous ayons pris des décisions afin de nous ajuster à ce nouveau contexte,  même si cela nous a pu nous amener à changer notre position, notamment au sujet du Conseil de presse  et de la Presse Canadienne ».

Au sujet de la concentration des médias, Quebecor soutient : « nous sommes toujours très surpris de l’attention qui est porté  à Quebecor Media ». MON ŒIL! Quebecor n’hésite pas une seconde à « détruire » et « ridiculiser publiquement » les personnes ou les compagnies qui osent se lever contre lui. Ce n’est pas pour rien que Radio-Canada et d’autres « indépendants » ou « anciens alliés » reçoivent constamment les foudres de Quebecor Média.

 

Quoi qu’il en soit, le contenu intégral de la lettre de réponses écrites pour Enquête par le président de Quebecor est disponible sur le site de Radio-Canada. Si vous souhaitez être au parfum et comprendre ce qui se passe autour de vous, la lecture de celle-ci ne peut que vous être bénéfique, en ce que cette lettre n’est qu’un « ramassis de cochonneries ». Bien sûr, à vous d’écouter le reportage et de faire quelques recherches sur le sujet et d’élaborer, par la suite, votre propre critique et jugement de la situation. Je pourrais encore écrire des pages et des pages sur le phénomène de la concentration de l’information, de son contrôle et de sa non-transparence… mais cela serait peut-être un peu fastidieux à lire pour vous. Cela étant dit, toutes les informations et les documents qui ont servi à construire le reportage sur Quebecor sont disponibles via le site de Radio-Canada, présentement en bataille juridique avec « Big Péladeau ».

 

Bien que PKP soit l’instigateur de ce cirque dictatorial médiatique, il n’en demeure pas moins que la population lui a donné les outils pour devenir aussi fort. Lorsqu’on a du pouvoir, on en désire toujours davantage…

 

La population n’est pas victime. La population est autruche.

 

Il n’en tient qu’à nous de crier « AU VIOL ! » pour que notre intégrité et notre objectivité médiatique reprennent peu à peu le dessus. Certains journaliste et professionnels de la sphère médiatique ont déjà commencé à protester. Si personne ne pointe du doigt ou ne dénonce le violeur informatif qu’est Quebecor, celui-ci ne sera jamais arrêté et ne fera, au fil du temps, que plus de « victimes ». Parce que, sans être vulgaire, on se fait « complètement baiser » dans toute cette histoire.

 

LIENS : http://www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2011-2012/

NDLR : Les opinions exprimées dans cet article ne sont pas nécessairement celles du ComMédia.

Écrit par Cassandra Brisebois

 

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